peremptus
Les faits rapportés dans ce blog sont aussi vrais qu'une promesse électrorale.
Le 09/12/2013 à 10:08

De l'interception des communications

L'article 13 de la loi de programation militaire 2014-2019 introduit pour le gouvernement un pouvoir d'interception des communications quasi discrétionnaire. J'ai rédigé ces commentaires en novembre, sans les publier faute de temps. C'est aussi par manque de temps pour les éventuelles conséquences juridiques que j'ai censuré 2 noms d'entreprises dans ce billet.

La première chose à bien comprendre est que les lois en matière de renseignement ne sont pas là pour créer de nouvelles pratiques ou techniques, mais pour entériner et légaliser les essais et habitudes en cours.
La "sollicitation du réseau" est pratiquée sur les transits de nom d'un opérateur de télécommunication français et particulièrement sur les équipements nom d'un fabriquant français d'équipement réseau depuis plusieurs années. C'est par ce biais que sont intercépetés à relativement grande échelle les communications nationales par la DGSE depuis 2008. Et c'est ce qui est pratiqué au niveaux du transit extérieur, via les fibres sous-marines et encore un peu les ondes. C'est exactement la méthode NSA et GCHQ, vers qui nous routons une grande part de ces interceptions.
Donc rien de nouveau, il fallait juste donner un "cadre légal" avant que ça ne sorte. Ce qui allait forcément arriver vu que les américains se sont fait prendre.
Est-il choquant de donner à des ministres civiles (budget, etc.) des pouvoirs d'interception qu'ils pratiquent jusqu'ici sans l'avouer? Pas plus que de le faire par un cavalier législatif (un article purement civil dans une loi de programmation militaire). Après tout, on peut bien s'asseoir sur la constitution quand il s'agit d'assouvir le peuple.

La seconde chose est de comprendre ce qui est un anachronisme et une incompétence technique, non pas des états mais des commentateurs.
L'interception d'un message quel qu'il soit (du microfilm à une frontière de l'URSS au paquet d'octets dans une fibre transatlantique) n'a que 2 intérêts: savoir qui communique avec qui, et savoir quel est le message.
Protéger le contenu du message sur sa durée de vie utile est simple (tout comme empêcher sa falsification en cas d'interception). Assurer l'anonymat des corespondants demande une certaine rigueur mais est là aussi assez simple.
Les personnes qui savent qu'elles ont des choses à cacher ne sont donc pas concernées. Croire que tout ça c'est pour attraper du terroriste ou du pédophile est anachronique et techniquement débile.
À part quelques bisournours et députés, on sait donc tous que les états ne dépensent pas de tels budgets pour trouver au milieu de petabytes quotidiens de données ce qui ne sera pour eux au final que quelques dizaines d'octets quasi aléatoires.
La NSA ne dépense pas des milliards pour intercepter des communications de terroristes qui en fait communiquent par un lent et complexe maillage de bouche à oreil.
La DGSE ne dépense pas des millions pour juste pour savoir qu'un ado a été assez con pour fréquenter des forums djihadistes.

Les commentateurs crient au loup pour ce qui risque d'arriver après, sans comprendre que c'est ce qui se passe. Car ils ne veulent pas admettre que ce que les états interceptent c'est ce qu'ils cherchent vraiment: nos communications, toutes nos communications.

C'est dans la nature même de tout système centralisé.

Il y a comme une loi physique qui depuis l'époque romaine tend à ce que le potestas se concentre. Et c'est presque une seconde nature pour ses détenteurs d'écarter les contrepouvoirs, freins à cette concentration.
Le pouvoir français a par exemple de tout temps rejeté la notion de provocatio. Il n'y a même pas d'habeas corpus comme chez les anglo-saxons: le droit de ne pas être emprisoné sans jugement n'existe pas chez nous.
Quand au provincia, il est de bon ton de s'assoir dessus depuis des années. Pour nos politiques, la constitution ça n'est que de la phylosophie.

Le contrepouvoir le plus dangereux reste la libre pensé et surtout sa transmission.
Sous l'ancien régime il existait un décret interdisant de fermer l'arrière boutique d'une imprimerie avec plus qu'un simple loquet. Le pouvoir devait à tout moment avoir la capacité d'entrer et de contrôler ce qui s'imprimait, les idées qui se transmettaient.
Les interceptions et collectes de données en masse ce n'est rien d'autre: s'assurer la capacité de contrôler les idées qui se transmettent.