peremptus
Les faits rapportés dans ce blog sont aussi vrais qu'une promesse électrorale.
Le 08/06/2013 à 22:32

École et numérique

Ce billet est une suite aux échanges que j'ai eu cette semaine avec un ami de lycée. Philosophe, professeur, et je l'espère toujours écrivain. Il m'a appris à lire, malheureusement pas à écrire. Bien qu'adolescent, il a marqué ma façon de penser comme peu de gens. Sans le savoir il fut donc un de mes meilleurs professeurs.

Comme il faut parler d'école, je vais commencer par le point Godwin de la conversation avec un enseignant.

Les enseignants en fait sont dans un état de ras-le-bol assez avancé et ne comprennent pas pourquoi c'est à propos de leur seul métier que dans l'esprit de tous la condition suffisante pour en être spécialiste est de ne pas l'exercer.

C'est un cliché malheureusement rempli de vérité: les professeurs ne vivent donc pas dans le même monde que nous. Le seul métier? Politique? Economiste? Sélectionneur de l'équipe de France? Médecin? Chef d'entreprise? Juge? Etc.

Deux clichés valent mieux qu'un : l'avis, le jugement des autres c'est ce qui fait évoluer. Il faut non seulement l'accepter, mais cela doit être enseigné.

N'oublie pas que sur l'informatique à l'école, tu parles à un gentooiste ultratechnophile mais qui par ailleurs n'adhère pas à la thèse selon laquelle parecqu'un outil est admirable alors il faut l'utiliser partout.

C'est je crois le point de disruption de notre société. L'outil informatique est déjà partout. Les élèves vivent avec, en permanance. On peut se demander si c'est bien ou pas, pour qui, pour quoi. Bla bla. Moine copiste, vendeur de bougie. C'est trop tard, c'est là, partout.

Aujourd'hui les professeurs se demandent si l'informatique c'est bien dans leur matière, dans quel but. Les élèves eux ont déjà trouvé, parfois même inventé le comment.

La question n'est pas de savoir si l'informatique est utile à l'enseignement. L'informatique fait déjà partie de l'instruction. La question n'est pas quelle place doit prendre le numérique dans l'enseignement. La question est de savoir quelle place l'enseignement prendra dans le numérique.

Je l'ai dit plus haut: l'avis des autres c'est la clé. Vous voulez savoir comment utiliser le numérique dans votre enseignement? Demandez à vos élèves comment ils l'utilisent actuellement. Si ça vous parait bien: participez. Si ça vous parait perfectible: proposez leur vos idées et mettez les en oeuvre avec eux. Si ça vous parait mauvais: corrigez l'outil, avec eux.

Mais par pitié: arrêtez de croire que ces choses doivent venir d'une réforme. Vous n'êtes pas des représentants de commerce pour gadgets Microsoft.

L'école n'est ni un magasin, ni une entreprise, ni même un service public.

L'école est une des formes de l'instruction, de la transmission du savoir. Se poser la question de l'utilité du numérique dans l'éducation c'est enfermer l'instruction dans des lieux. Pour faire une mauvaise image: l'école analogique, non connectée, c'est le DRM du savoir.

Le savoir doit être librement accessible. Créer et utiliser les outils pour le diffuser est une obligation morale pour l'école.

Nous devons accepter de partager librement et pleinement nos connaissances et nos outils de transmission du savoir en ouvrant nos écoles vers l'extérieur. Professeurs, n'attendez pas qu'on vous dise ce que vous avez le droit de faire: diffusez vos cours, vos travaux de préparation, vos méthodes, les outils que vous utilisez, si besoin les méthodes pour les reproduire.

Et sachez le: chaque année scolaire où vous ne le faites pas, vos élèves tueront un chat.

Mise à jour du 9 juin 2013

Il parait que je suis complètement à l'ouest, dans un mépris total des faits. Voici des faits.

L'utilisation du numérique comme outils pédagogique peut améliorer la qualité de l'enseignement et le niveau des élèves. Cela fonctionne déjà dans des établissements en France, et à l'étranger. Les résultats sont non seulement encourageants, mais il n'y a pas besoin de réforme ou de budget important pour le faire.

Diffuser librement l'ensemble des ses cours sur internet permet de révolutioner le déroulement même des cours, et d'améliorer là encore la qualité de l'enseignement et le niveau des élèves. Cela se vérifie dans des collèges et des lycées. Et toutes les grandes universités s'y sont mises.

Il parait aussi que tout cela n'est pas à même d'aider à résoudre les problèmes fondamentaux de l'école:
1. savoir rester assis sur sa chaise
2. savoir lire
3. savoir effectuer une addition, une soustraction, une multiplication et une division
4. savoir identifier un complément d’objet

Savoir rester assis sur sa chaise

Un sujet qui m'intéresse, plusieurs enfants de ma famille étant atteint de TDHA.

Savez-vous quelle est la première méthode qu'a recommandé le docteur de mon neveu, à son entrée au collège, pour l'aider à focaliser sont attention en cours? Emmener un ordinateur en cours et prendre ses notes avec.

J'ai eu plusieures échanges avec ma meilleure amie qui a travaillé sur le sujet pour le CNRS, et qui m'a confirmé la réalité scientifique de cette méthode.

Si ça ce n'est pas une piste à approfondir...

Savoir lire

Grâce à l'informatique on peut apprendre à lire aux personnes jusque là privées d'école, et on peut améliorer l'éducation de ceux dont les écoles ont peu de moyens. Petit j'envoyais du riz en Ethiopie, aujourd'hui j'envoie des ordinateurs aux enfants.

des enfants illettrés s'éduquent seuls avec une tablette

Si un enfant peut apprendre à lire tout seul avec une tablette, vous ne pensez pas qu'avec les bonnes méthodes, des tablettes plus un professeur pourraient faire des miracles?

Savoir effectuer une addition, une soustraction, une multiplication et une division

S'il y a bien un domaine où on ne peut nier l'apport de l'informatique ce sont les mathématiques, quel que soit le niveau.

Je n'ai pas appris à compter à l'école. Et pour m'apprendre à calculer, mon père a (entre autre) utilisé un ordinateur. C'était en 1984, je suis nez en 1977.

À ma grande surprise, en première section de maternelle mon fils de 4 ans apprend à compter. Et parmi les outils pour les aider à faire le lien entre les chiffres et la notion de quantité (il faut commencer par là et croyez-moi, à cet âge là ce n'est pas gagné), la maîtresse utilise un ordinateur. En plus des doigts et des dessins bien sur. À la maison il peut librement utiliser des petits jeux d'apprentissage sur une tablette. Il compte des objets, dessine les chiffres, et je l'ai surpris à aller jusqu'à 16 l'autre soir.

Savoir identifier un complément d’objet

Vous l'avez surement remarqué, c'est un sujet sur lequel je suis beaucoup moins bien placé. Le moins qu'on puisse dire c'est que l'école analogique des années 80 n'a pas réussi à m'apprendre l'orthographe, à peine mieux pour la grammaire. Par contre j'ai comme beaucoup appris d'autres languages, tout seul avec un ordinateur.

Un adolescent apprend à soigner certains cancers, en se formant tout seul dans son coin avec son ordinateur. Et la liste peut être très longue.

Et vous voudriez me faire croire qu'on peut faire tout ça tout seul avec un ordinateur, mais qu'une fois mis dans les mains d'un enseignant on ne peut pas améliorer l'apprentissage du français?

Je crois que c'est le quipropo de cette discussion. Le fait que l'informatique va révolutionner l'enseignement, dans le sens du progrès, est une certitude. Ce que doivent faire les enseignants aujourd'hui c'est inventer les usages, expérimenter de façon autonome ou avec l'aide de leur établissement si celui-ci coopère. Et surtout ne pas attendre que cela vienne d'une réforme. J'aimerai rencontrer plus de hackers de l'enseignement!

Et le but de mon premier propo, surement maladroit, était de dire: